PREMIER ARTICLE


                   Rendez-vous matinal à Roissy pour les six premiers aventuriers scholeux de l'année direction BURKINA ! Il est 8h30, tout le monde se rejoint, les valises pleines à craquer. Nous nous envolons pour Alger vers 11h30, tout se passe merveilleusement bien. Suivent 8h d'attentes dans la salle de transit, avec une boutique de pâtisseries maghrébines alléchantes. Heure après heure, chaque personne craque, avec néanmoins des succès différents: Iban payant deux fois plus que Léa pour les mêmes proportions. Marine a également droit à une réduction grâce à son regard de biche. Enfin, nous sommes appelés au micro.
L'avion décolle dans des conditions dantesques: la pluie et l'orage accompagnent l'obscurité la plus parfaite. A cela s'ajoute le froid, auquel les avions algériens sont si peu habitués. Nous nous étions avancés confiants avec une heure de retard pour l'embarquement, suite à un changement d'avion destiné à assurer notre sécurité. Cette compagnie semblait être aux petits soins pour nous, et tout était réuni pour un voyage réussi. Nous accélérons sur le tarmac, les indicateurs lumineux de la piste défilent de plus en plus rapidement. Ca y est, nous quittons le bitume pour nous envoler jusqu'à Ouagadougou! Quel délice!
Nous gagnons en altitude et notre seul souci est alors de nous remplir la panse. Nous sommes affamés, nos estomacs crient famine et personne ne semble pouvoir nous soulager. Marine, Paul et Thomas d'un côté, Léa, Hélène et Iban de l'autre adoptent différentes stratégies pour tromper la faim; les premiers nommés se rappellent de répliques d'OSS 117 et des paroles de Fatal Bazooka alors que les autres s'encapuchonnent avant de fermer les yeux. Nous traversons les nuages, les lumières d'Alger resplendissent dans la pénombre. Quelques turbulences crispent notre président, auparavant si calme. Il serre l'extrémité de son accoudoir avec vigueur à la moindre secousse, ce qui ne laisse pas d'amuser sa voisine Marine. Tous les pulls verts s'amusent de la situation.
BOUM! La bonne ambiance générale est alors interrompue subitement par une détonation sourde, surlignée par un éclat lumineux intense au niveau des deux ailes. La stupeur nous envahit. Big T au hublot est le premier observateur de ce spectable funèbre et affirme autour de lui: " c'est le réacteur!". Les autres n'avaient pas besoin de l'entendre, l'effroi les dominait tous déjà. Tout l'avion a été saisi instantanément de panique, comme l'ont prouvé les cris aigus suivant l'explosion. Nous nous regardons tous les six, les visages sont déformés par la crainte de périr. Iban est méconnaissable, blême, les traits creusés, les yeux secs. Léa nous assène un "je vous l'avais dit!" tranchant, alors que Paul enlève son pull, des gouttes de sueur dégoulinant sur son front. Marine, philosophe, rigole et surmonte la terreur en un instant pour mieux se moquer de son prédisent de voisin. Hélène de son côté est prise de folie et hurle "Maxence! Maxence!" dans l'avion, comme si la puissance de l'écho pouvait la transporter jusque dans les bras de son amoureux une dernière fois (non je déconne, elle est restée calme, en parfaite stoïcienne qu'elle est).
Aucun steward n'apparaît. Marine croit entrapercevoir de la fumée au niveau du réacteur, la panique redouble. Les uns se retournent, tentent vainement de trouver du réconfort derrière eux, les autres se renferment sur eux-mêmes, pensent aux êtres qui leurs sont chers, comme cela se fait dans ces moments-là, se remémorent tous ces instants de délices auxquels ils n'auront plus jamais droit. Des sourires hébétés apparaissent chez ceux capables de s'évader pour vivre parfaitement dans leurs souvenirs.

Après de longues minutes d'attentes et d'angoisse, un membre de l'équipage sort du cockpit et défile sereinement au milieu des sièges. Il est contrait de s'arrêter à plusieurs reprises pour délivrer les mots qu'il faut: "ne vous inquiétez pas, c'est la foudre qui n'est pas passée loin, tout va bien". Sa pénible mission s'éternise lorsqu'il arrive à notre hauteur, les questions fusent mais il reste calme en nous assurant que si quelque chose n'allait pas, nous ferions demi-tour. Nous l'abandonnons au autres passagers tandis que Thomas voit cette même aile gauche disparaître dans la nuit, toutes les lumières s'éteignent. Il partage sa découverte avec Marine qui lui conseille judicieusement de garder cette information pour lui. Les deux sages de l'aventure emportent leur secret avec eux et préserve par la même occasion la fragile harmonie renaissante.

La peur se dissipe, le repas est servi. Verre de rouge pour tout le monde. La vie ça se fête.

A l'aéroport, nouvel épisode instructif: un homme est à côté de nous. Il est contrôlé à l'arrivée et lorsqu'on lui demande son carnet de vaccination il répond calmement "je ne l'ai plus depuis dix ans". Après, l'homme de la sécurité nationale lui dit "bon d'accord, mais il faut se faire vacciner!". Le même homme, au contrôle du visa: "je n'ai pas de visa, je voulais le faire ici", ce à quoi on lui répond: "ok passez à gauche". Tout ça pour dire que les démarches administratives en amont sont bien inutiles !!

Nous sortons avec nos bagages et nous rencontrons Jean-Louis avec de nombreux hommes qui se proposent de porter nos valises. N'ayant pas vraiment le choix, nous leur cédons pour les quelques mètres qui nous séparent du taxi. 12 valises, 6 passagers: la voiture est chargée, comme pourront l'attester certaines photos! Paul et une valise accompagnent Jean-Louis sur sa moto.Comme nous pouvions le deviner, nous sommes légèrement trop lourds et la voiture frotte sur les dos d'âne. Nous sentons alors le réservoir chahuté sous nos pieds! On nous rassure, mais le lendemain, cet épisode aura pourtant de graves conséquences!

Nous arrivons dans notre villa, et nous nous endormons rapidement.

Le lendemain, direction la gare routière. Nous nous divisons en deux groupes pour ne pas rééditer l'expérience traumatisante de la veille. Mais le premier voyage est assailli de coups de klaxons, en réalité le réservoir est percé et des gouttes de gazole ne cessent de s'échapper! Le taxi se presse et remet de l'essence directement dans le moteur. Il réalise un aller-retour en un temps record, et parvient à déposer tous les scholeux ainsi que leurs bagages à temps.
Miracle à l'africaine, il n'y a plus du tout de place pour nos valises, mais ça passe quand même. Nous nous installons, et enfin nous partons pour Bobo-Dioulasso! Un voyage avec quelques soucis, deux arrêts pour pousser le car étaient notamment nécessaires! Une escale a lieu dans un village où de nombreuses personnes nous accueillent avec des denrées à vendre. Chacun fait ses emplettes, sauf "Big T", tétanisé qui ne parvient pas à progresser dans la foule. Il passe son temps à s'excuser et refuse ce qu'on lui propose, ne sachant vers où se diriger. Hélène et Marine le sauvent de sa torpeur et l'accompagnent dans ses achats! Sans elles, il était perdu!

Enfin, après 5h de car, nous sommes à Bobo-Dioulasso où Vincent nous attend avec le superbe 4x4. C'était une bonne arrivée.


                                                 DEUXIEME ARTICLE


Dès notre arrivée à Bobo-Dioulasso, nous avons visité le quartier de Sarfalao où se trouve la maison de notre hôte Karim Gomina, membre de Schola Africa au Burkina Faso et directeur d'écoles. Nous avons échangé avec Poda, gestionnaire du centre de formation à la couture, et un tiers des élèves couturières. Le centre est en bon état mais au vu des effectifs importants de ces classes, il apparaît de plus en plus exigu d'où le début d'une réflexion nécessaire sur la construction d'un nouveau centre dans cette même zone. En bons inspecteurs des travaux finis, nous nous sommes ensuite rendus à l'école construite par Schola Africa dans ce quartier. Celle-ci est en très bon état, tout comme les six latrines dont nous avions lancé la construction cet été. Le jeudi étant un jour chômé au Burkina Faso, nous n'avons pas pu entrer dans les salles de classe mais nous avons pu échanger avec les élèves de cette école qui habitent dans le quartier.

Le vendredi, après une matinée consacrée au règlement de formalités administratives à la BOA (Bank of Africa), nous voilà partis pour Dinderésso, village situé à une dizaine de kilomètres de Bobo-Dioulasso dans lequel l'association a construit une salle de classe et trois latrines. Nous avons pu discuter longuement avec Karim, les professeurs en service et les villageois. Une belle expérience qui a permis aux premières années de l'association de saisir pour la première fois avec précision les réalités du terrain burkinabé.
Place au week-end et à la détente ? Pas vraiment, Mister Diesler en a décidé autrement. Réveil aux aurores et départ pour 3h de marche dans la brousse pour enfin atteindre… ben ça nous ne le saurez pas. On ne voudrait pas gâcher la surprise aux 1as des prochaines missions. Sachez simplement que c'était fabuleux ;) ! Notre après-midi était quant à elle placée sous le signe de la détente, sieste, dégustation de mangues, rencontre avec un troubadour canado-burkinabé pour ENFIN arriver au soir et à notre première expérience du maquis. Pour les novices ou les flemmards qui ne prendront pas le temps de se renseigner sur la signification de ce mot, je m'essaie à vous proposer une explication qui ne pourra de toute façon retranscrire que de façon partielle la réalité de ce lieu. Imaginez vous au milieu de la brousse, sous un ciel envahi par les étoiles, avec rien autour de vous si ce n'est quelques petits baraquements de fortune. Imaginez ensuite qu'au milieu de cet endroit quelqu'un ait posé quelques tables et chaises, tant espacées que le serveur se transforme en marathonien accompli après un mois de bons et loyaux services dans cet établissement. Et bien c'est là, au milieu de nul part, au centre de la Terre, au paradis burkinabé, appelez le comme vous voulez mais c'est là que nous avons dégusté nos premières brakinas (bières burkinabé) et franchement, comme le direz Max, un de mes vénérables padres, « ça débooooooite » .
Le dimanche réveil matinal avec Paul et Marine pour le premier footing dans la brousse. Pour ne vexer personne je ne donnerai pas les détails de cette première tentative mais en toute franchise Coco et Alex je suis de tout cœur avec vous pour les épreuves qui vous attendent au mois de mars. Une fois la troupe réunie, nous voilà partis pour une visite du vieux Bobo, de la mosquée et pour notre premier face à face pas vraiment concluant avec le Tô (plat très répandu au Burkina Faso réalisé à base de mil).
Le lundi matin, Paul et Thomas se sont chargés de régler des formalités administratives pendant que le reste de l'équipe vivait sa première expérience de négociation pour l'achat de ballons et de cordes à sauter. Bilan très positif. La gente féminine de Schola a prouvé qu'elle avait toute sa place à l'EDHEC. Nous avons ensuite été visiter les écoles de Nasso et Kokorowé pour mettre en place l'échange épistolaire entre une classe de CM2 française et une classe de CM2 de Nasso. Pour les connaisseurs, le soleil se couchant, Marine, Paul et moi-même avons été faire un tour au Farafina Love puis au maquis pour terminer en beauté cette journée éprouvante.


                                                 TROISIEME ARTICLE


La Saint-Valentin est bien évidemment célébrée au Burkina. Nos camarades reçoivent de multiples propositions pour la fête des amoureux, mais les déclinent toutes pour mieux se concentrer sur leurs travaux. En effet, la journée était encore chargée. Nous avons pu rencontrer les membres éminents du Rotary Club de Bobo-Dioulasso, accompagnés d'une commerciale de Airtel, pour décider de l'organisation d'une cérémonie pour la distribution de 200 lampes à piles. Celle-ci se déroulera le Samedi 25 Février à Sarfalao en présence de responsables politiques et de parents d'élèves. L'après-midi, nous avons consacré notre temps aux réparations indispensables à notre véhicule, un 4x4 Pajero qui souffre terriblement sous le poids des années. Le remplacement des roues était notamment indispensable, car nous sommes obligés de nous déplacer sur des pistes accidentées pour visiter les salles de classe les plus isolées. De plus, dans une ville tentaculaire comme Bobo, qui ne cesse de s'étaler dans l'espace, le moindre déplacement peut prendre plusieurs dizaines de minutes…

Le lendemain, nous sommes allés voir les trois salles de Bana, mais celles-ci étaient vides car des concours blancs étaient alors organisés pour les CM2, qui chaque année, passent le certificat d'études indispensable pour l'entrée au collège. Nous nous sommes alors rendus à Toukouro Samba, pour une visite de courtoisie, car Schola n'a pas agi dans ce secteur, ce qui n'empêche pas l'association de se soucier du sort de ces élèves.

Le Jeudi, jour chômé dans les écoles primaires à l'image du Mercredi en France, nous visitons un camp Peul. Cette ethnie, autrefois composée essentiellement d'éleveurs nomades, se sédentarise de plus en plus. Nous sommes partis de l'école de Dindéresso à pied, pour se rendre compte de la distance que certains élèves devaient parcourir au quotidien afin d'assister aux cours. La marche nous a semblé interminable et nous sommes abasourdis par la résistance des enfants qui nous accompagnent tout au long de la route. Après plus de 40 minutes de marche sous une chaleur accablante, nous atteignons le camp Peul où le chef du village nous réserve un accueil remarquable. En regardant autour de nous, nous identifions certaines coutumes qu'il est indispensable de respecter. Ainsi, personne ne s'assoit sur le sol, pas mêmes les plus petits. D'autre part, on reçoit de l'eau à l'entrée du camp qu'il faut absolument boire, pour rendre hommage à l'amabilité de nos hôtes. Nous n'avons pas le temps de nous interroger sur la qualité de cette eau, et nous trempons nos lèvres poliment. Les enfants de l'école sont très fiers de nous montrer les poulaillers qu'ils ont construit pour accueillir les poule et coq que Schola Africa va leur offrir. En s'occupant de ces animaux, les jeunes élèves burkinabés vont se responsabiliser, et pourront à terme financer certains de leurs matériaux scolaires par le propre travail. Ainsi, ils seront très fiers de leurs stylos, cahiers et autres manuels, et en prendront soin à coup sûr.

Vendredi, nous retournons à Bana, où nous trouvons cette fois-ci les élèves, ainsi que de nombreux professeurs de la région réunis pour une réunion entre enseignants. L'accueil du directeur et des élèves est très chaleureux. Nous apportons des cordes à sauter pour les jeunes filles, et des ballons pour les garçons. Le directeur nous fait visiter les salles, et à chaque fois, le même rituel se répète : les jeunes enfants se lèvent, croisent les bras et hurlent en cœur « Bonjour Monsieur, Bonjour Madame ». Puis, nous entendons « Je m'assois », en observant chaque élève reprendre sa position assise. Filles et garçons sont très étonnés de voir des « toubabous », des blancs qui viennent leur rendre visite. Le directeur explique en quelques mots notre action dans leur école. Les yeux sont grands ouverts, certains sourient, d'autres plus timides chuchotent avec leurs voisins. Le directeur demande à la classe quelle chanson ils peuvent nous interpréter pour nous montrer qu'ils apprécient cette visite. Plusieurs d'entre eux lèvent la main, souvent en claquant des doigts (chose inimaginable en France) et proposent une chanson que les autres acceptent volontiers. La chorale se fait entendre et nous reconnaissons parfois certaines chansons que nous avons nous-mêmes appris tel que «J'ai du bon tabac », ou « Une souris verte ». La classe est très disciplinée et nous les remercions en les applaudissant aussi fort que nous le pouvons. Pour achever cette journée, nous rendons visite au centre de formation à la couture pour récupérer une liste des matériaux indispensables aux cours. Enfin, de retour chez Karim Gomina où se trouvent toutes nos affaires, nous rassemblons toutes les affaires que nous avons ramenées de France, à savoir des centaines de stylos, des cahiers, des sacoches, des crayons de couleur et de nombreux livres. Il ne reste plus qu'à les répartir selon les besoins.


                                                 QUATRIEME ARTICLE


Chers lecteurs voilà maintenant une semaine que nous nous sommes quittés. Je prends le relais de Thomas pour vous conter nos aventures de ces sept derniers jours. Nous nous retrouvons donc un samedi matin, réveil difficile, notre nuit a été courte. Les tams-tams et balafons du Farafina Love ont résonné longtemps dans la chaleur de cette nuit Burkinabé. Nous n'abdiquons pas pour autant. Nous voilà partis pour une visite de l'usine de noix de cajou crée par la très présente ONG luxembourgeoise BKF et entièrement gérée par des femmes. Nos provisions faites pour entamer notre période d'hibernation en France, nous nous rendons au marché de Bobo afin d'acheter les tissus de nos futures tenues d'apparat. Cette journée se termine dans l'atelier exigu d'Elie, éminent couturier et professeur dans notre centre de formation à la couture. Chacun à notre tour, nous affrontons avec bravoure l'épreuve de la prise de mesure. Hanche, fesse, poitrine, rien n'est laissé au hasard. Le soulagement est général lorsqu'Elie valide ce contrôle technique en gratifiant la gente masculine de Schola d'une mention spéciale « taille mannequin ». Une carrière en devenir pour ces jeunes hommes ? Affaire à suivre.

Le dimanche, la tradition veut que les toubabous en mission se transforment en toubabous touristes. C'est à Banfora, ville située à 80km de Bobo, que nous nous rendons pour cette journée placée sous le signe de la détente. Sur place, nous louons par équipe de deux des bécanes. Rapidement les équipes de bikers se forment : Paul et Marine, Léa et Hélène, Big T et moi-même. Mais c'était sans compter sur le talent de nos intrépides scholeuses Léa et Hélène qui au bout d'un quart d'heure de conduite sur un sol accidenté nous offre une chute digne des plus grands cascadeurs. Plus de peur que de mal mais l'émotion est trop forte pour leur permettre de reprendre la route. Les équipes se reforment donc et nous fonçons dans les environs de Banfora. Au programme, visite des dômes, cascades et « épreuve de la mort » puis à l'heure du thé, rencontre à bord d'une pirogue avec une communauté d'hippopotames. Excellente journée.

La semaine débute en fanfare avec deux visites de courtoisie : la première dans l'école de Sosogona et la seconde dans le hameau de culture de la fille du chef du camp peul. L'accueil est très cordial et nous repartons avec un présent offert par le chef du village : un magnifique coq qui finira le soir venu dans nos assiettes, plat mijoté avec brio par Adiara. L'après-midi, nous nous rendons à Nasso pour finaliser l'échange épistolaire entre une classe de CM2 de l'école Lavoisier de Lille et une classe de l'école de Nasso. Thomas, le responsable sensi de ce voyage pousse un grand soupir de soulagement après avoir vérifié que chaque élève ait bien reçu sa lettre. On ne compte plus les sourires sur les visages de ces jeunes burkinabés et… sur les visages des scholeux. Maud peut être fier de son bébé.

Le mardi matin nous devons acheter tout le matériel pour le centre de formation à la couture au marché de Bobo-Dioulasso. Une séance d'âpre négociation en perspective qui tiendra toutes ses promesses. Après 4h de conversations enflammées, la fatigue commence à se lire sur nos visages mais nous quittons cette fourmilière avec le sentiment du devoir accompli. En début de soirée, nous nous transformons en chef cuistot pour préparer un dîner à toute la famille Gomina. Au menu : ratatouille, omelette patates oignons et salade de fruits frais achetés le matin même au marché. Un régal, je ne vous le fais pas dire. La soirée se terminera au maquis du quartier en compagnie de Ouassa.

Le mercredi matin, réveil aux aurores et séance de décrassage à la forêt du Kou. S'en suit une virée au marché de Bobo avant d'entamer une nouvelle séance de négociation pour l'achat du matériel nécessaire à la construction du magasin de Bana qui débutera courant mars. Celle-ci se déroule face à des libanais qui détiennent le monopole du fer au Burkina Faso. Elle s'avèrera beaucoup plus ardue que les précédentes. Les deux personnes que nous avons face à nous s'apparentent bien plus à des mafieux, jeunes retraités du trafic d'armes qui cherchent à se reconvertir dans des activités un peu plus licites. Ce n'est pas assez pour impressionner la team schola. Sous les ordres du commandant Paul Diesler, la stratégie prend forme. Aujourd'hui nous enverrons les filles en première ligne, les libanais seraient bien plus sensibles aux atouts de nos demoiselles qu'aux barbes devenues prépondérantes des trois hirsutes scholeux. Marine prend les devants et dirige d'une main de maître ce bras de fer usant d'arguments tous plus loufoques les uns que les autres. Nous finissons notre journée par un match football en compagnie des jeunes du quartier de Sarfalao et une petite virée au « dancing » en compagnie de Karim.

Nos missions du jeudi débutent à la maternelle de Sarfalao par une distribution de jouets que nous avons récolté en France. Une nouvelle fois, la pléthore de sourires sur les visages de ces enfants nous redonnent du tonus pour affronter cette journée. Nous rendons ensuite visite à deux anciennes élèves de notre centre de formation à la couture qui ont pu profiter de prêts à taux zéro mis en place par Schola Africa pour lancer leur petit commerce. Elles sont fières de nous montrer leurs créations et nous sommes quant à nous très heureux de percevoir les retombées de nos actions dans ce domaine. Les heures passent et les lieux défilent : école de Niamadougou, village traditionnel Bobo de Koro et guinguetta aux alentours de 15h. Une journée bien pleine en somme.


Le vendredi, nous avons vérifié le fonctionnement de l'école de Samadougou. Village le plus isolé dans lequel Schola a œuvré en construisant 3 salles de classe, 6 latrines, 1 magasin et 2 logements de maître. Nous avons distribué le matériel scolaire offert par nos partenaires « stylos recyclés » et l'EDHEC, puis des ballons et cordes à sauter comme nous avons pris l'habitude de le faire depuis le début de cette mission. En début de soirée, nous sommes allés acheter les 5.5 tonnes de ciment nécessaire à la construction du magasin de Bana. Une bonne chose de faite.

Au moment où je termine cet article, nous sommes samedi, il est 13h et nous venons d'en finir avec la remise officielle des 200 lampes et 200 t-shirts offerts respectivement par le Rotary de Bobo-Dioulasso et la société Airtel. La cérémonie qui s'est déroulée fut grandiose, un peu trop à notre goût. Le Rotary de Bobo paraissait bien plus intéressé par la visibilité qu'il pourrait tirer d'un tel événement que par les réelles motivations du projet mené par Schola Africa. La télévision, la presse, la représentante du gouverneur de la région, un orchestre, tout le monde s'est déplacés pour venir féliciter le Rotary. Heureusement, les habitants du quartier de Sarfalao, les élèves de l'école construite par Schola ainsi que les enseignants de nombreuses écoles des alentours étaient présents pour redonner un peu de sincérité à cette remise des lampes symbolique. Les filles de notre centre de formation à la couture en ont également profité pour proposer un défilé vêtues de leurs créations. Si nous nous félicitions que 200 enfants puissent profiter de ces lampes et t-shirts, les membres de Schola n'ont pas apprécié la récupération politique outrancière menée par le Rotary, la société Airtel et la société Winder. Une leçon à retenir à l'avenir.

A mon grand regret il est l'heure de nous quitter, notre mission touche à sa fin et par la même occasion ce blogito que nous avons eu le plaisir d'alimenter avec mon ami Big T. Les prochains jours s'annoncent tout de même chargés. Ce soir nous partons pour Nasso où a lieu une cérémonie des masques, puis nous enchainerons sur un maquis et un « dancing » et… la suite vous l'aurez en coulisse. Nous devons encore récupérer toutes les tenues qui seront présentées lors de la semaine de l'Afrique que nous organisons au mois de mars sur Lille. Nous repartons sur Ouagadougou mardi et avons planifié un repas avec le président de la Fédération de Rugby Burkinabé ainsi qu'une visite de l'association de Jean-Louis qui cherche à faciliter la vie de nombreux enfants atteints d'handicaps dans la ville d'Ouagadougou.

Un grand merci à tous nos lecteurs, on essaiera vous raconter cette fabuleuse expérience de vive voix à notre retour mais la tâche s'annonce d'ores et déjà ardue.

On vous embrasse tous, ami(e)s, famille et inconnus ! Viva Schola Africa.

Iban et Thomas